Le congrès de Reims…selon Beckett
3 octobre 2008
Il y a bien quelque chose de beckettien en ce moment au Parti Socialiste. Comme Vladimir et ce naïf d’Estragon qui attendait Godot, B. Delanoë, L. Fabius, S. Royal ou même DSK se livrent à un vrai dialogue de sourd. Le premier semble effectivement être ce Sauveur que tout le monde attendait, celui qui sera le plus à même d’inventer un libéralisme social, ou un socialisme libéral – ce qui donne des ailes au maire de Paris qui se voit déjà en candidat potentiel en 2012. Le second, ancien premier ministre qui brilla par ses réformes libérales et son esprit très à la droite de la gauche, ne cesse pourtant de vouloir revenir à un « vrai socialisme » et de renouer avec les racines sociales de la gauche (et il n’ guère que Benoît Hamon pour y croire). Ségolène Royale quant à elle hésite, ne sait pas, et se gargarise de bons sentiments en réclamant plus de justice sociale et de démocratie participative. Et entre les trois, il y a désormais Martine Aubry, dont on ne connaît ni la tendance ni les idées. Pourtant, seul le désormais très international DSK semblait avoir la clé d’une vraie refonte et d’un remaniement intelligent du PS, celui du glissement progressif vers la sociale démocratie.
Car derrière cette façade novatrice et bien-pensante, le PS peine toujours à faire ce que leurs camarades européens ont entrepris depuis belle lurette : une reconversion qui accepte l’économie libérale et les forces du marché : Tony Blair l’a fait en abolissant au milieu des années 90 la clause 4 (une clause qui faisait ouvertement référence aux principes marxistes), pourquoi pas François Hollande et les autres ? La faute au PS et à ses dirigeants alors ? Oui et non. Oui, car cette armée d’Estragon et de Vladimir pense toujours trouver la clé de l’électorat socialiste sur les ruines de sa frange gauche et d’un parti communiste à la déroute. Mais non, car à la différence de l’Angleterre, l’héritage socialisant français est beaucoup plus fort et profondément ancré dans les esprits : c’est en France que la lutte des classes et les idéaux marxistes ont été les plus à même de s’exprimer, voire de s’accomplir. En effet, au début du 20e siècle, la France, déjà puissance déclinante derrière le Royaume-Uni et surtout les Etats-Unis, offrait un modèle de société propice à la diffusion des idéaux socialistes : structure démocratique (à la différence des structures nobiliaires et féodales britanniques), et légitimité de la révolution de 1789 sur 1500 ans de monarchie, qui lui a conféré un véritable pouvoir de réajuster et réorienter l’Etat en période de crise (alors que la révolution américaine de 1775, puisqu’elle ne faisait objectivement table rase de rien , n’apparu finalement que comme le premier hurlement d’un nouveau-né qui peinait à prendre son souffle, soit ce que R. Rémond appelait une « brèche ouverte au changement », et n’a pas permis à l’insurrection révolutionnaire de devenir un ou le mode de normalisation des crises et de régulation des rapports sociaux).
Au total, et pour revenir à la clic socialiste de 2008, l’erreur du PS n’est pas tant de ne pas trouver de successeur légitime à François Hollande, mais bien plus de ne pas avoir su diagnostiquer le pourquoi de la difficulté d’adaptation du PS à l’ère moderne de la mondialisation ; les dirigeants socialistes ont trop souvent cherché à trancher entre l’attitude novatrice et le retour aux sources. Or c’est bien dans le compromis des deux que se trouve une des clés de la modernisation du parti. Et c’est pour cela même que la social-démocratie, en acceptant de laisser libre cours à la libre entreprise mais toujours dans un soucis d’égalité, parait aujourd’hui le meilleur remède pour éviter la descente vers l’enfer..ou la mort ?
Pierre Luc Kolczynski

